contre-temps

Contre-Temps

Vidéo de l’installation “Contre-Temps”, 2007
(Projection au festival des bains numériques d’Enghien)

Musique : John Cage
Effets sonores : Camille Meens
Réalisation : Simon Bétant

L’installation se compose de deux toiles vierges (80 x 80 cm) positionnées côte à côte et reposant sur leur chevalet respectif. L’écart entre les deux toiles est d’environ quarante centimètres. Deux vidéos projecteurs installés en parallèle envoient une animation d’environnement 3D sur chaque toile.

Les deux animations montrent des pièces d’habitation relativement similaires par leurs tailles et leurs couleurs ce qui entretient une étroite relation entre les deux « scènes » présentées côte à côte. L’installation fonctionne autour de la duplication, de la répétition. Selon Gilles Deleuze, « la répétition se dit d’éléments qui sont réellement distincts et qui pourtant, ont strictement le même concept ». L’art numérique utilise souvent le procédé de répétition autorisé par la facilité qu’offrent les outils de multiplier à l’identique les éléments.

Le film, en plan fixe, présente deux univers de formes et de tailles identiques. Seul un personnage évolue dans ces espaces passant d’une pièce à une autre (donc d’une toile à une autre) par les portes situées à droite sur la toile de gauche et à gauche sur l’écran de droite. Le personnage est unique ; en passant d’un tableau à un autre, il devient l’élément structurant de l’ensemble au sein duquel il se livre à diverses activités, dont la peinture d’une plante qui existe à l’identique dans chaque pièce.

A gauche le temps et les mouvements du protagoniste s’écoulent normalement tandis qu’à droite l’espace temporel est partiellement inversé. Alors le temps recule, faisant évoluer le personnage en sens inverse, mais de manière partielle car nous verrons plus tard, qu’entretenir un dialogue conforme entre passé et futur afin d’obtenir un récit compréhensif n’est pas possible.Jouant autour de l’acte de peindre, « Contre-temps » interroge sur la condition de l’artiste dans son oeuvre et dans le temps.

L’animation s’éloignant de la composition du portrait (bien qu’elle dresse l’histoire d’un personnage) est un clin d’œil à de grandes toiles marquantes de l’histoire de l’art. On peut voir en effet un rapprochement avec les « Ménines, 1656 de Diego Vélasquez » où le sujet principal est relégué à l’arrière plan de la toile (le couple royal) pour laisser voir au spectateur l’envers du décor (le peintre). Citons également « Les époux Arnolfini, 1434, de Jan Van Eyck » qui par un jeu de miroir reflète au centre du tableau l’image du peintre.
« Contre-temps » donne donc à voir le peintre en action au même instant que l’objet de la toile.

Dans un schéma cyclique le peintre s’attache à peindre la vie, remplaçant la plante avant sa mort, il se bat contre le temps. C’est la philosophie même de la peinture qui est évoquée : figer le temps et les éléments avant leur anéantissement. Les deux pièces offre à l’humain le fantasme de l’éternité, le pouvoir de voyager dans le futur et le passé pour accéder à l’immortalité.

Cette utopie se révélant impossible, enfermant le personnage à la fin de l’animation, condamnant ce dernier à la mort ou à la « renaissance ». Comme dans le portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde, 1891), le peintre est face à une œuvre en mouvement, une toile lui donnant la jeunesse éternelle.

L’installation évoque un cycle : le cycle de l’humanité remplaçant un homme par un autre. La métaphore des pièces représentant la vie dans lesquelles s’ouvrent les portes de la naissance et se ferme celles de la mort.
Cette allégorie est appuyée par la présence des pendules accentuant le sentiment d’impuissance face au temps qui passe. L’horloge dont la signification change durant les époques, symbole de sagesse au XIVe, de la tempérance et de la mort du XVIe au XVIIe siècle. Elles sont au XXe avec Dali le symbole de la persistance du temps, le temps passe, égrainant les heures dans un mouvement et un bruit continu tandis que le vivant meurt.

Néanmoins l’installation garde les critères propres à un film d’animation, son scénario se doit de suivre une suite logique. Il est impossible au personnage, sans une certaine mise en scène, d’évoluer dans deux espaces temps différenciés, inversés. L’installation ne perd pas son message premier, elle s’adapte au format du film d’animation. Comparable à une tragédie théâtrale se déroulant en huit actes, de la naissance à la mort ; l’installation joue avec ces confusions, brouillant les repères du spectateur, elle jongle avec les critères propres de medium comme la peinture et la vidéo.

Recherches décors

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Character design

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